Nous avons interviewé Henry Pawin sur l'utilisation de la téléexpertise en dermatologie :
La téléexpertise, un nouveau type de réseau de soins
Selon Henry Pawin, la téléconsultation est mal adaptée à la dermatologie, parce que la définition de l’image en visioconférence est insuffisante et il est difficile, en pratique, pour le patient de montrer correctement certaines zones du corps à la caméra de son ordinateur ou de son téléphone.
La téléexpertise met en relation un médecin requérant et un médecin expert. Le médecin traitant requérant reste central dans la relation au patient et prend ses décisions thérapeutiques aidées par un expert dermatologue.
Il n’y a plus de délai d’attente, le patient est rassuré et sa prise en charge est de qualité.
L’avenant 9 de la Convention médicale a créé des actes en tiers payant depuis le 1er avril 2022 pour rémunérer la téléexpertise.
Mode de fonctionnement
Le médecin requérant peut être tout médecin qui a besoin d’un avis sur une éruption ou une tumeur cutanée.
Il prend une ou plusieurs photos de la dermatose avec son smartphone après avoir demandé le consentement de son patient.
Il remplit un questionnaire auquel il joint les photos et envoie le tout sur une plate-forme sécurisée pour les données de santé. Les photos sont prises pendant la consultation, mais la demande peut être faite en différé.
Un médecin expert dermatologue donne son avis, en précisant la conduite à tenir et le diagnostic, la nécessité de la prise en charge par un dermatologue ou non, d’une biopsie ou d’une intervention.
Le médecin requérant est rémunéré par la CPAM 10 euros par demande, en tiers-payant. Le code de tarification est RQD.
Le médecin expert est rémunéré par la CPAM 20 euros par réponse, en tiers-payant. Le code de tarification est TE2.
L'expérience bourguignonne
Quelques collègues de Bourgogne (autour de Chalon sur Saône) pratiquent depuis quelques années la téléexpertise pour les tumeurs cutanées avec le soutien de l’ARS de Bourgogne.
Ils travaillent avec une trentaine de centres requérants.
En 2021, ils ont pratiqué 1225 téléexpertises, uniquement pour des tumeurs cutanées.
37 % de ces téléexpertises a abouti à un acte chirurgical, dans 70 % des cas il s’agissait d’une tumeur cancéreuse, dont 4 mélanomes. La perte de chance pour les patients liée à une prise en charge trop tardive a donc été largement réduite
La téléexpertise n’a été suivie que dans 40 % des cas d’une consultation en présentiel, principalement pour un geste chirurgical. Environ 60 % des patients ont donc pu être pris en charge par leur médecin traitant, évitant le déplacement inutile du patient, permettant de garder des plages de consultation chez les dermatologues et induisant une économie importante de Santé Publique.
La téléexpertise apporte une réponse à un besoin engendré par la désertification médicale, puisqu’elle permet d’accélérer la prise en charge de patients sans surcharger les consultations en présentiel, qui, souvent, ne sont plus accessibles, ou avec des délais très longs, incompatibles avec certains diagnostics.
Zoom sur Avisdoc, un outil de téléexpertise conçu par des médecins pour des médecins
Avisdoc est une solution de téléexpertise conçue par des dermatologues, soutenue par l’Association de Recherche Robert Debré.
Elle a un Comité Scientifique issu de l’Hôpital Saint-Louis : Professeur Jean-David Bouaziz, Professeur Céleste Lebbé, Docteur Barouyr Baroudjian, Docteur Marie Jachiet.
Avisdoc a créé une plate-forme sécurisée qui met en relation le médecin requérant et le dermatologue expert.
Le médecin requérant y trouve un questionnaire à remplir en fonction de chaque situation pathologique, dermatose inflammatoire ou tumorale, qui permettra à l’expert de répondre au mieux.
Le dermatologue expert rend son avis rapidement.
Cette solution informatique existe sur ordinateur, tablette et smartphone.
Elle est hébergée sur des serveurs agréés Santé en France et respecte les règles de RGPD.
Une première expérimentation avec 6 médecins généralistes de la Nièvre a permis en un mois de donner 40 avis et de détecter un mélanome, 5 carcinomes basocellulaires, trois carcinomes épidermoïdes, plusieurs kératoses actiniques, de rassurer de nombreux patients sur la bénignité de leurs lésions, d’accompagner des médecins traitants dans la prise en charge de dermatoses inflammatoires et d’éviter des consultations inutiles en dermatologie, permettant de réaliser un tri pour prendre en charge les patients qui le nécessitent réellement.
Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site Avisdoc.