Un parcours de soin parfois mal vécu
Le Conseil National de l'Ordre des médecins a rappelé, dans un communiqué du 5 novembre 2024, le devoir déontologique de prendre en charge tous les patients "sans discrimination".
"Le médecin a l’obligation de prendre en charge toute personne sans discrimination." En effet, le praticien "écoute, examine, conseille, soigne avec la même conscience toute personne. Il apporte son concours sans se départir d’une attitude correcte et attentive. Le médecin, par son devoir d’universalité des soins, doit veiller à ce que chaque patient soit soigné sans discrimination".
Cependant, le ressenti de certains patients semble différent. Selon une étude, plus de 60 % des personnes trans interrogées se déclarent victimes de discriminations dans les soins, que ce soit en raison de leur identité de genre ou de la méconnaissance des professionnels face à la transidentité.
- Un rapport de 2022 remis au ministre de la Santé de l’époque met en lumière les difficultés et obstacles rencontrés par les personnes transgenres dans l’accès aux soins. Il souligne les inégalités et les discriminations spécifiques auxquelles elles sont confrontées (prise en charge hormonale, soins chirurgicaux, soutien psychologique).
Le rapport appelle à une amélioration de la formation des professionnels de santé ainsi qu’à l’adaptation des parcours de soins pour mieux répondre aux besoins des personnes trans. - De son côté, La HAS (Haute autorité de santé) doit publier en 2025 des recommandations en la matière pour répondre aux enjeux d’une sensibilisation et d’une formation des professionnels, d’une homogénéisation des pratiques et d’une meilleure organisation des soins, tout en permettant la diversité des parcours de transition.
Qui intervient dans le parcours de soin des personnes transgenres ?
Les personnes transgenres qui souhaitent effectuer une transition doivent suivre un parcours de soins spécifique, que la France est un des rares pays à prendre en charge en quasi-totalité.
En France, la transidentité et la non binarité ne sont plus considérées comme des "troubles mentaux" depuis 2010 (pour l’OMS, il a fallu attendre 2022).
Depuis 2019, la prise en charge est donc dépsychiatrisée :
- L'avis d’un psychiatre n’est plus nécessaire dans le parcours de soins.
- Le médecin traitant devient le professionnel de santé référent.
- Un diagnostic psychiatrique ne doit plus être exigé lorsque la personne trans ne présente aucun trouble mental associé.
Mais attention...
Cette autodétermination doit être "éclairée" par le médecin prescrivant le traitement hormonal et par le chirurgien avant toute intervention. Il s’agit d’expliquer, comme pour n’importe quel acte médical, les contre-indications possibles, les effets secondaires, les risques et les complications éventuelles. La décision finale revient donc à la personne concernée dans le cadre général de l’exercice médical.
L’autodétermination des personnes doit s’articuler à la responsabilité médico-légale des professionnels de santé impliqués dans les parcours. En cas d’interrogations sur la balance bénéfices/risques d’un traitement, le praticien doit en informer la personne, rechercher des avis experts complémentaires et l’orienter, le cas échéant, vers d‘autres praticiens susceptibles d’apporter des réponses adaptées.
Qu’en est-il des patients mineurs ?
L’accompagnement des mineurs apparait comme un sujet particulièrement délicat. Face à un nombre croissant depuis 10 ans de mineurs en interrogation de genre et en demande de transition, les réponses apparaissent insuffisantes et géographiquement mal réparties.
Les médecins qui prennent en charge un mineur sont confrontés à l’idée d’urgence exprimée par le patient.
- Il faut aider les adolescents à supporter le doute et à accepter une certaine temporalité ; se questionner, ce n’est pas faire changer d’avis.
- Il est impératif de poser le bon diagnostic. L’éthique médicale impose de ne pas avoir d’a priori ni dans un sens, ni dans l’autre, et pas de parti pris. Le médecin doit faire preuve d’une grande écoute, de calme, de bienveillance.
- Il est impératif de savoir si le mineur est certain de vouloir une transition car il existe des conséquences médicales aux traitements hormonaux, des effets indésirables et irréversibles.
La prise en charge médicale peut être une prise en charge psychologique, un traitement hormonal. Les traitements médicaux sont encadrés de manière stricte et sont souvent soumis à des protocoles bien définis, où le consentement des parents est essentiel. Par ailleurs, les opérations touchant à l’appareil génital pour les mineurs sont interdites.
L’évaluation de la capacité à consentir et le repérage d’éventuels troubles psychiatriques peuvent être réalisés par un professionnel de soins de premier recours, sensibilisé à la santé des adolescents (une attention particulière sera portée à l’évaluation du soutien familial et social disponible pour le jeune).
Il est souhaitable de proposer un accompagnement pluriprofessionnel et associatif aux adolescents sans toutefois qu’il allonge le délai d’accès aux soins.
La législation reste aujourd’hui insuffisante pour garantir pleinement les droits des mineurs transgenres et des interrogations importantes demeurent sur leur autonomie décisionnelle.