Présentation de Sam
Sam MÉTÉGAL a 28 ans et est interne au sein du CHU d'une grande ville.
Son pseudo "Docteur Sam", avec une photo de profil réelle. Il publie régulièrement sur Instagram pour partager son quotidien, essentiellement professionnel.
Il a 90 000 abonnés et a participé à des émissions radio et TV.
Une prise en charge éprouvante, avec l'annonce d'un diagnostic sombre
Sam est particulièrement marqué par une situation survenue dans la journée, au cours de son service à l’hôpital.
Il poste un message sur son compte Instagram :
Aujourd’hui, journée très éprouvante pour moi. Prise en charge d’une patiente de 34 ans, mère de 3 enfants très jeunes (6, 4 et 2 ans et demi). Découverte d’un cancer colorectal métastasé.
Il ponctue son message d’un smiley triste.
Le post est illustré d’une photo sur laquelle apparaît un cliché radiographique, cadré de telle manière qu’aucun nom n’apparaît. En revanche, la date du jour est visible en zoomant sur la photo.
Ce message suscite de très nombreux commentaires.
- Certains internautes commentent le pronostic : "Quelle horreur, être condamnée si jeune…", "J’ai connu ça avec ma sœur, même âge, elle a été emportée en 6 mois", "Courage à elle, même s’il y a peu d’espoir".
- D’autres manifestent leur compassion à l’égard de Sam : "Comment fais-tu pour encaisser de telles nouvelles toute la journée, ça doit être épuisant psychologiquement…", "Oh, désolé pour toi, bon courage".
- Enfin, plusieurs internautes, de plus en plus nombreux au fil des jours, critiquent le post : "Elle sera contente, la dame, si elle tombe sur ce message. Quel manque de respect. Et si vous supprimiez ?", "Et donc ? Tu cherches à te faire plaindre sur le dos de ta patiente ? Pas très éthique…", "RIP le secret médical".
Devant la multiplication des messages lui reprochant cette publication, Sam décide de supprimer son post.
Peut-on parler de violation du secret médical ?
Aucun nom n’apparaît, ni dans le message ni sur le cliché radiographique posté. Mais attention : le secret médical ne se limite pas aux données d’ordre strictement médical, telles qu’on les conçoit le plus souvent (pièces médicales, comptes rendus, imagerie, etc.).
- Il a vocation à couvrir tout ce qui est venu à la connaissance du médecin dans l’exercice de sa profession : ce que le patient lui a confié, mais aussi tous les éléments (photos évidemment, mais aussi, plus subtilement, des détails d’ordre privé) qui permettent de l’identifier ou de révéler sa présence dans un établissement.
- Il garantit au patient que la confiance qu’il a placée en son médecin ne sera pas trahie et que sa réputation et son intimité seront protégées.
Peu importe que la personne ne soit pas reconnaissable par un large public : il suffit qu’elle-même se reconnaisse.
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En l’occurrence, la patiente peut se reconnaître si elle voit le post, et elle peut même être reconnaissable par des tiers, compte tenu de la notoriété de Sam sur Instagram.
On ignore si la jeune femme a été informée que son cas serait évoqué sur les réseaux sociaux, mais cela semble très peu probable vu le contexte. Il est donc quasi certain qu’elle n’a pas donné son consentement à cette évocation.
Sam est connu, son lieu d'exercice aussi
Sam jouit sur Instagram d’une certaine notoriété.
- Il poste régulièrement sur son activité hospitalière quotidienne. Il a déjà mentionné la ville où il exerce et il lui est arrivé de géolocaliser certains de ses posts au CHU. Il est donc possible de savoir dans quel établissement a eu lieu la prise en charge.
- Grâce à sa popularité sur Instagram, Sam a été contacté par les médias au cours des derniers mois, pour des prises de parole à la radio et à la télévision. Il a notamment participé à un débat sur les conditions de travail des internes. Son visage – visible sur la photo de profil de son compte Instagram – peut être associé à un nom, et il est donc aisément reconnaissable.
- Le compte de Sam est très suivi. Il n’est pas impossible que parmi ses 90 000 abonnés, on compte des personnels de l’hôpital ou des personnes résidant dans la ville où il exerce, qui se sont justement intéressés à son compte pour ces raisons. Même faible, le risque existe qu’une personne, de l’hôpital ou à l’extérieur, fasse un lien avec cette patiente. La patiente elle-même, ou ses proches, peuvent également tomber sur son message.
Des informations personnelles sur la patiente ont été divulguées
Même si le post de Sam ne mentionne aucun nom, des informations privées sont mentionnées, et elles peuvent permettre d’identifier la patiente.
- Le cliché radiographique posté est certes anonyme, mais la date de réalisation est clairement visible. Ce peut être un élément d’identification, parmi d’autres.
- Des informations personnelles (âge de la patiente, son nombre d’enfants et l’âge respectif de chacun d’eux) ont été dévoilées.
L’identification de la patiente n’étant pas exclue, la révélation d’informations médicales la concernant sur un réseau social (y compris ses examens d’imagerie), sans son accord, pourrait constituer une violation du secret médical.
Cette violation peut être sanctionnée au plan pénal, ordinal et disciplinaire.
Nos conseils si vous êtes dans le cas de Sam
Sur les réseaux sociaux, le médecin conserve sa liberté d’expression, mais il doit respecter les principes déontologiques qui s’imposent à la profession. Certaines précautions sont donc nécessaires.
- Posez-vous toujours la question de l’opportunité de publier un message. Le post est-il indispensable ? Quel objectif poursuit-il ? De manière générale, ne postez pas de message que vous trouveriez déplacé si vous étiez vous-même patient (ou l’un de vos proches).
- Si vous voulez sensibiliser sur un sujet, veillez bien à orienter votre message en ce sens, sans quoi il pourra être perçu comme un prétexte pour "chercher des likes".
- Ne postez pas un message à chaud, sous le coup d’une émotion. En cas de situation difficile à vivre humainement, mieux vaut verbaliser au sein de l’équipe de soins plutôt que sur un réseau social public.
- Ne publiez évidemment jamais d’éléments non anonymisés du dossier médical de vos patients sur un réseau social. Si vous postez une photo ou un examen d’imagerie, veillez à cadrer le plus étroitement possible, en ne conservant que les parties indispensables. Il ne doit apparaître ni informations personnelles, ni date.
- Modifiez les faits que vous relatez. Dans la plupart des cas, l’exactitude des faits n’est pas essentielle. Vous pouvez changer l’âge ou le profil du patient, voire sa pathologie, afin d’éviter tout risque d’identification.
- Lorsque vous relatez un événement dramatique, adoptez le bon ton. Évitez autant que possible les smileys, qui peuvent être mal interprétés ou donner l’impression que vous ne prenez pas la situation au sérieux. À l’origine, le post de Sam se voulait empathique, mais sa formulation et le smiley triste ont donné l’impression qu’il cherchait davantage à susciter la compassion à son propre égard qu’à celui de la jeune femme.
- Anticipez les réactions que votre message peut susciter chez les non-professionnels de santé qui vous lisent. Dites-vous également que certains messages, postés en commentaires, peuvent heurter, non seulement le patient concerné s’il se reconnaît, mais aussi, plus généralement, les internautes dans la même situation. Ici, les commentaires sur le pronostic ont été particulièrement abrupts.
- Ne géolocalisez pas vos messages. C’est un élément évident d’identification. Il ne sert à rien d’être sous pseudonyme si vous indiquez où vous travaillez.
- Si vous postez sur les réseaux sociaux sous votre vrai nom, soyez encore plus vigilant !
*Ce cas est inspiré d’une situation réelle, mais les protagonistes et les éléments de contexte ont été modifiés.
Visuel généré avec l'aide de l'IA